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Mille cygnes

Mille cygnes s’ébattent sur le lac. Longs cous recourbés, tubercules noirs et plumes immaculées luisent au soleil. Ils exécutent une danse secrète. Imperceptible, inaudible pour celui qui n’a pas appris à écouter leur voix.

Mille cygnes s’ébattent sur le lac. Pourquoi ? Peut-être sont-ils venus pour le plaisir du roi ? Il les dévorera un à un, roi fourbe. Il s’abreuvera de leur sang au cours d’un festin aveugle. Il mangera leurs entrailles. Mille cygnes déchirés par des doigts dégoulinants de graisse et de bêtise, mâchés par des dents hideuses, aiguisées et froides, recrachés dans une bouillie informe.

Non. Ces mille cygnes là, ceux-là précisément, sont libres. Libres de dire l’horreur d’un monde où les rois aveugles et sourds sont aussi impuissants que vains. Libres de dire la beauté étrange d’un monde où leurs plumes sont caressées par les doigts du poète.

Mille cygnes s’ébattent sur le lac. Et brusquement s’envolent dans un bruissement d’ailes. Et le silence se fait assourdissant.

HZ
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