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Mot dit un jour, maudit toujours

Dans le demi-jour de sa mansarde, le poète maudissait en vers et contre tous la société ignare qui maltraitait son génie.
S’en vint un matin où le vin de mauvaise vie lui montant vivement au nez, il saisit vaillamment la plume de sa révolte, héla une voiture et aborda l’hôtel de ville.
Il vitupéra tant et si bien qu’on finit par le recevoir.
— Je ne peux supporter plus longtemps l’indigence obscure dans laquelle vous abandonnez votre humble serviteur. Mes écrits ne peuvent rester vains ! »
— Je n’en ai jamais reçu qu’un à ce que je sache et ce n’était que vilénie. Vous ne pouvez vociférer ainsi à contre-pied de la vox populi. 
Le pauvre poète ne voyant pas le mal, sa vue étant si basse, il déposa à grand renfort d’encrier les vingt mots de sa rancœur sur les murs de l’hôtel de ville.
Vacillant légèrement en reculant au milieu de la rue pour admirer son œuvre murale, il fut malheureusement écrasé par un véhicule à contre-sens.
Ainsi les mots tus tuent.

MD
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